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Je suis dans un amphi qui ressemble étrangement à une salle de cinéma. Les fauteuils de velours carmin sont assez confortables mais une angoisse étreint ma gorge. Je suis dans l’enceinte du haut commissariat pour les réfugiés politiques. Un haut dignitaire communique quelques noms mais je n’y suis pas. Pas grave, ce sera pour la prochaine fois. Je sais bien que je ne courre aucun risque mais là tout au fond de moi, il y a une petite fille terrorisée, la gorge serrée, qui n’ose pas trop se faire remarquer, de crainte de ne pas être parmi les happy few de la prochaine session.
Je suis dans la rue. Une rue que je ne connais pas. Les femmes sont toutes voilées. Je suis la seule à ne porter ni foulard, ni tchador. Je me sens nue. A poil. Terreur de rencontrer des gardiens de la révolution. Ces barbus, dont la seule kalachnikov sur l’épaule provoque des relâchements sphinctériens. Ils beuglent avec une telle brutalité que le Néanderthalien moyen passerait pour un enfant de chœur.
Et ces bombes qui n’en finissent pas de tomber. Mes enfants… Il faut que je les protège. Oui mais comment, je ne suis moi-même qu’une enfant. Quand on a dix ans on est une enfant non ? Et pourtant je suis aussi une maman. Je ne veux pas qu’ils vivent ce que j’ai vécu. Comment puis-je les protéger ? Comment ? La tachycardie devient de plus en plus oppressante. Jusqu’à ce que …
Jusqu’à ce que je me réveille. Marre de ces cauchemars. Je suis lasse de ce passé qui me rattrape. Jusqu’à quand vais-je devoir vivre avec ces souvenirs ? Oh mais rien de grave. Juste deux ans et neuf mois de ma vie plongés dans un univers gluant d’horreur. La guerre, la liberté mise en prison, la théocratie comme gouvernement reléguant une des plus anciennes civilisations du monde à une planète des singes dont la turpitude n’a d’égal que l’ignominie dont elle fait preuve.
Et pendant ce temps… On continue à y exécuter des gamins, dont le seul délit est celui de leur opinion. On y lapide des femmes enceintes, on pend des adolescents et on fusille des pères, des frères et des fils de… Au vu et au su du monde entier.
Moi je sais très bien que mes cauchemars ne cesseront que lorsqu’en Iran les gens auront le droit de vivre. Et de penser de leur propre chef. Mais penser n’est-ce pas vivre ? C’est pourtant ce qu’on nous a appris ici en démocratie. Il semblerait même qu’un certain Descartes en ait fait son credo.
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